
« Il ressemblait, avec ses cheveux courts aux vifs reflets mordorés, à ce petit oiseau délicat, le roitelet. Oui, c’est ça : mon frère devenait peu à peu un roitelet, un oiseau fragile dont l’or et la lumière de l’esprit s’échappaient par le haut de la tête. Je me souvenais aussi que le mot roitelet désignait un roi au pouvoir très faible, régnant sur un pays de songes et de chimères. »
Un homme vit à la campagne avec sa femme Livia, son chien Pablo et le chat Lennon. Depuis l’enfance, il partage aussi son quotidien et ses questionnements, sensibles et profonds, avec son frère cadet, schizophrène. Ici se révèlent, avec une indicible pudeur, les moments rares d’une relation unique, teintée tout autant d’inquiétude que d’émerveillement au monde.
Quand la schizophrénie révèle la beauté du quotidien
J’ai récemment plongé dans un roman qui, de prime abord, ne promettait pas une lecture des plus joyeuses, et pourtant !
C’est l’histoire de deux frères. L’aîné mène une vie paisible, rythmée par sa femme, son chien et son chat. Le cadet, plus jeune, vit seul avec une compagne invisible, mais omniprésente : la schizophrénie.
L’histoire de ces deux hommes, l’un dit « normal » et l’autre souvent incompris, aurait pu être plombante. Mais ne vous fiez jamais aux apparences ! J’ai découvert à travers ce récit une richesse inestimable qui découle de ces visions du monde totalement différentes. C’est une lecture qui pousse à la réflexion, et c’est ce qui fait toute sa force.
Une vie simple, des chapitres profonds
Le récit est narré à travers les yeux du frère aîné. Il nous ouvre les portes de son quotidien simple, un quotidien qui s’éclaire et se complexifie avec la visite presque quotidienne de son cadet.
Nous suivons ces deux âmes à travers des moments banals – une tasse de café, une promenade, un silence – mais toujours emplis d’une profondeur insoupçonnée.
Les chapitres sont courts, donnant l’impression de feuilleter un journal intime ou un recueil de pensées. On y découvre une tranche de vie, une réflexion qui jaillit d’un instant donné. Ce rythme court permet d’avancer rapidement tout en laissant le temps à la réflexion de mûrir. C’est incroyablement touchant et sincère sur les liens indéfectibles qui unissent ces deux frères.
La maladie : entre réalité et idéalisation
Le roman aborde de front la schizophrénie, et c’est là que mon ressenti a été partagé.
Certes, le traitement de la maladie est souvent fait avec délicatesse, mais j’ai parfois eu l’impression que Beauchemin la traitait avec une certaine légèreté. La description des hallucinations visuelles ou auditives est parcellaire. On a presque affaire à une sélection de moments bien choisis, donnant un aperçu adouci de ce que peut être la vie avec ce genre de maladie. Mon sentiment, personnel, est que j’ai plus souvent ressenti la lecture comme l’histoire d’un homme atteint d’un trouble autistique que d’une schizophrénie « classique ».
Ce parti pris a tendance à idéaliser la maladie. Le frère malade, avec sa réalité décalée, génère parfois des situations burlesques qui, heureusement, se terminent bien… alors qu’elles auraient pu basculer dans le drame.
Qui a raison ? La quête de la « vraie » normalité
Malgré ce bémol sur le réalisme clinique, le roman excelle dans sa capacité à nous faire douter de notre propre perception du monde.
Le frère aîné voit les choses à sa manière, le jeune frère les voit autrement. Où est le vrai ? Quelle est la triste vérité ? Qui a raison ?
Regarder le monde à travers les yeux d’une personne dont la réalité est différente permet, paradoxalement, de mieux appréhender les choses et de les dédramatiser.
Ce livre est avant tout une réflexion passionnante sur les liens fraternels et les visions de la vie qui en découlent. Il s’interroge sur la « normalité » qu’on nous enseigne et sur la richesse que peut apporter la différence.
Conclusion : Malgré quelques défauts dans le traitement de la maladie, Le Roitelet reste un roman profondément humain et intéressant qui nous pousse à redéfinir ce qui est, ou n’est pas, essentiel dans la vie. Une lecture à mettre entre toutes les mains pour un beau moment d’introspection.
- Écrit par Jean-François Beauchemin
- Genre : Contemporain
- Nombre de pages : 192
- Publié le 4 janvier 2024
- ISBN / EAN : 9782073038159
- Édité par Folio
- Prix : 8 €
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